Monde de fermentation #1
- Nikolai Leonid

- 23 janv. 2025
- 3 min de lecture
À la découverte des boissons fermentées : le Tīpare, trésor ancestral de Nouvelle-Zélande

La fermentation, cette pratique universelle et intemporelle, nous réserve encore bien des surprises. Aujourd’hui, je vous emmène en Nouvelle-Zélande, au cœur des traditions maories, pour découvrir le Tīpare (ou Tīroot), une boisson fermentée méconnue mais fascinante, préparée à partir des racines de l’arbre tī kōuka (Cordyline australis), souvent surnommé “cabbage tree”.
Un ingrédient unique et riche en histoire
L’arbre tī kōuka est emblématique de la Nouvelle-Zélande. Reconnu pour sa capacité à prospérer dans des sols pauvres, il a été un pilier des ressources alimentaires pour les Maoris. Ses racines, riches en amidon et en sucres naturels, se sont révélées être un ingrédient idéal pour la fermentation.
Les Maoris exploitaient ces racines comme source d’énergie et de nutrition, mais aussi pour leur potentiel à être transformées en une boisson légèrement alcoolisée ou en un sirop sucré. Cette tradition, bien que rare aujourd’hui, témoigne d’un savoir-faire exceptionnel dans l’utilisation des ressources locales.
Une préparation ancrée dans la tradition
La fabrication du Tīpare suit un processus méticuleux, en harmonie avec les pratiques ancestrales :
1. La cuisson lente dans des hangi : Les racines étaient enfouies dans des fours souterrains (hangi), où elles cuisaient lentement grâce à la chaleur des pierres chauffées. Ce procédé permettait de libérer les sucres naturels et d’adoucir la texture des racines.
2. Le broyage : Une fois cuites, les racines étaient écrasées pour en extraire une pâte riche en amidon et en sucres.
3. La fermentation naturelle : Cette pâte était laissée à fermenter naturellement, grâce aux levures et bactéries présentes dans l’environnement. Après quelques jours, le mélange se transformait en une boisson légèrement pétillante et alcoolisée.

Un rôle dans la culture et la communauté
Le Tīpare n’était pas seulement une boisson ; il était également un élément central de la culture maorie. Partagé lors des rassemblements et des cérémonies, il symbolisait l’abondance et le lien avec la nature. Même certains des premiers colons européens auraient adopté cette boisson en tant que sirop sucré, témoignant de son adaptabilité et de sa popularité locale.
Un trésor oublié à redécouvrir ?
Avec ses racines riches en sucres simples et en amidon, l’arbre tī kōuka illustre parfaitement comment la nature offre tout ce dont l’humanité a besoin pour innover. Le Tīpare nous rappelle que la fermentation est bien plus qu’un processus biologique : c’est un acte de transformation qui révèle le potentiel caché des ressources locales.
Aujourd’hui, alors que l’intérêt pour les boissons fermentées artisanales renaît, pourquoi ne pas imaginer une nouvelle version moderne du Tīpare, en hommage aux traditions maories ? Cette boisson pourrait trouver une place sur les étals des amateurs de fermentation à travers le monde.
Pourquoi le Tīpare nous inspire
• Il montre comment une ressource oubliée peut être valorisée de manière ingénieuse.
• Il met en lumière la créativité et l’expertise des cultures traditionnelles dans l’art de la fermentation.
• Il nous invite à explorer et à réinventer des boissons anciennes, en les adaptant aux goûts modernes.
Le Tīpare est bien plus qu’une curiosité historique. C’est un hommage à l’ingéniosité humaine et à la richesse de la nature, un rappel que chaque culture a ses trésors fermentés à découvrir et à célébrer.

Nikolai Leonid
Janvier 2025




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